Vendredi, février 17th, 2012...21:37

La guerre des mondes aura bien lieu – Soutien à François Bon et à Publie.net

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Pendant que j’écrivais ce billet, les événements se poursuivaient. Il est possible donc que je sois obsolète avant même de l’avoir publié.

Aujourd’hui, vendredi 17 février 2012, n’est pas seulement un jour noir pour François Bon, pour Publie.net et pour la littérature numérique. C’est un jour noir pour toute la littérature, qu’elle soit papier ou qu’elle soit numérique, pour les auteurs et pour les lecteurs.

Ecrire cela 11 jours après mon précédent billet, Réconcilions les livres !, paraît invraisemblable, tant il devient brutalement anachronique. Oui, les événements d’aujourd’hui les rendront probablement irréconciliables. Puissances coloniales et colonies…

Oui, François Bon, par amour pour un texte, par amour pour un auteur, porté par un rêve d’enfant, a traduit en langue française la fameuse œuvre d’Hemingway, Le Vieil Homme et la Mer. Oui, François Bon, parce que l’œuvre était libre de droit au Canada, a mis en ligne sa traduction sur Publie.net. Oui, 22 lecteurs l’ont acheté et téléchargé et ont voulu, par leur lecture, partager cet amour, assister à ce rêve devenu réalité.

Oui, Gallimard jouit peut-être d’un contrat papier qui lui donne les droits exclusifs de commercialisation de l’œuvre sur le territoire français, quel que soit son support. Oui, il est probablement tenu contractuellement de défendre ses droits vis-à-vis de la famille et des héritiers.

La méthode mise en œuvre, demande de retrait de la vente à tous les diffuseurs, demande de dédommagement à François Bon, sans mise en demeure préalable, est détestable. Oui, elle est détestable, parce qu’il aurait peut-être suffi d’un coup de fil, d’un message sur Twitter ou sur Facebook, sur le mail de François, le prévenant de ce risque de conflit, cherchant à le prévenir des risques, cherchant à trouver une solution à l’amiable, demandant éventuellement un exemplaire pour le lire et l’autoriser en bonne et due forme, pour que tout se résolve, tranquillement. Pour que la littérature en sorte grandie, qu’elle avance ensemble vers le futur qui lui est promis. Mais il faut croire que les vieux réflexes ont la vie dure, et que derrière la défense des intérêts de l’auteur (Hemingway, si tu nous lis…) se cachent des intentions bien plus mercantiles.

Depuis, face à la mobilisation sur Twitter notamment, et sur l’Internet littéraire, Gallimard a reculé, annulé sa demande de dédommagement, assuré qu’il n’avait rien contre François Bon, etc… N’attendons pas qu’ils lui présentent des excuses, il ne faut pas pousser le bouchon trop loin non plus.

Relisez, messieurs les juristes, la présentation de l’œuvre par François. Qui, dans cette affaire, défend la littérature ? Qui, dans cette affaire, aime les œuvres pour ce qu’elles sont véritablement ? Qui, dans cette affaire, défend véritablement l’œuvre d’Hemingway ? N’est-pas ce que l’homme qu’il était aurait souhaité, que soixante ans après lui, quelqu’un lui fasse une telle déclaration d’adoration ? Qui, des deux parties, peut se poser véritablement en héritier des Lumières, à vouloir rendre accessible au plus grand nombre les œuvres majeures de l’esprit, dans l’intérêt général plus que dans l’intérêt particulier ?

La manœuvre de Gallimard, dont beaucoup se demanderont jusqu’à quel point elle était préméditée (j’alimente à dessein la théorie du complot qui flatte nos tendances paranoïaques), aura eu son effet : le mal est fait, sans doute. L’avertissement, le coup de semonce vis-à-vis des éditeurs numériques, en s’attaquant à une de ces principales figures (qui plus est publié papier chez un éditeur concurrent, Le Seuil pour ne pas le citer), aura été reçu.

Ce soir, beaucoup appellent à la résistance, proposent le texte de François en téléchargement envers et contre tout. Une pétition circule, je l’ai signée. Je partage cette indignation. François, les ailes brisées, tu n’es pas seul. Pour tout ce que tu as déjà fait, pour ton amour de la littérature, pour ton amour de la découverte, pour ta vision des évolutions numériques, pour ta volonté de partage de ces auteurs que tu chéris tant. Nous sommes tous là, autant que nous sommes, avec nos petites pancartes numériques, à crier notre soutien devant les grilles d’un Gallimard emblème de l’Ancien Monde.

François, tu n’es pas seul.



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